La Première Guerre mondiale (III)

Publié le par profHG

III. Vivre et tenir sur le front


a) Un film: Les Croix de Bois tiré d'un roman de Roland Dorgelès



Corrigé : extrait du film Les Croix de Bois (1932) d’après l’œuvre de Roland Dorgelès

(les mots soulignés sont à savoir)

1) Degré de réalité de la scène visionnée :

a) Réalisme : * sensation d’être au cœur de l’action, * aucun personnage n’est héroïsé (tous peuvent mourir à tout moment), * les scènes sont jouées par d’anciens soldats (« poilus de 14 »).

b) Fiction : comme le narrateur dans un roman du XIXe siècle, la caméra est partout à la fois (ce qui serait impossible si c’était un documentaire) : elle est tantôt avec les poilus, tantôt devant les lignes (tirs filmés en gros plan), tantôt même chez les Allemands ou avec les officiers français dans le Quartier Général.

 

2) Déroulement d’une attaque (en général) :

* Préparation de l’attaque : combat des artilleries lourdes (canons, mortiers qui envoient des obus, mitrailleuses).

* Déclenchement de l’attaque : il est planifié à une heure fixe pour toutes les unités engagées dans l’offensive. La sortie des tranchées se fait en masse.

* L’offensive des soldats à terrain découvert : les soldats franchissent en courant le front afin de s’emparer des lignes adverses. Cette avancée est très difficile : présence de barbelés, de mines, de trous. Riposte de l’artillerie allemande (les mitrailleuses allemandes arrosent de leurs balles les Français à découvert).

* L’arrivée sur l’objectif : soit dans la tranchée adverse (possibilité de corps à corps = combat à l’arme blanche), soit dans un bâtiment ou groupe de bâtiments (village). Les soldats lancent leurs grenades pour faire « taire » les nids de mitrailleuses.

 

3) Objectif (ici) :

Reprendre un village français en ruines, occupé par les Allemands.

 

4) Cible importante ?

Elle est ponctuellement importante (nids de mitrailleuses) mais, à l’échelle du front, elle est dérisoire : le village est déjà ruiné et inhabité, le front ne bougera que de quelques centaines de mètres, aucune percée significative ne sera réalisée. è La Guerre de position est une phase de la guerre de 1914-18 où les armées s’enlisent sans parvenir à remporter un combat décisif ou à reprendre la Guerre de mouvement.

 

5) Moyens engagés ?

Moyens considérables en hommes (infanterie) et en armes (artillerie).

 

6) Que montrent les sous-titres : « Et cela dura 10 jours » ? (répété trois fois)

Le fait que l’ultra-violence va durer un temps interminable (même si 10 jours, cela paraît court mais c’est très long quand on peut se faire tuer presque chaque seconde) pour un résultat quasi-nul. E.-M. Remarque dit la même chose (cf. document 2, texte 1 : « Vivre et tenir au front ») : « Sont-ce des semaines, des mois ou des années qui passent ici ? - De simples journées. …. »

 

7) Le paysage :

La nature a quasi-disparue (ne reste qu’un arbre calciné, pas de plantes, pas d’animaux, pas d’oiseaux notamment). Ne reste qu’un paysage lunaire, gris et lugubre. La boue est omniprésente (cf. sols et climat du Bassin Parisien et de la Lorraine où se passent la guerre de tranchées).

 

8) Bilan de l’attaque

Désastre en terme de pertes humaines. Résultat insignifiant.

 

9) Comportement des soldats entre eux ?

Immense sens de la solidarité (les différences de classes sociales ont tendance à disparaître).

Rudesse dans leur langage et leurs manières.

 

10) Relations entre les soldats et les officiers

1. Scepticisme des soldats voire tentation de refuser d’obéir (ex. : un soldat dans la tranchée tient tête au capitaine). Une certaine hostilité vis-à-vis des officiers qui les envoient se faire tuer. En 1917, cette grogne débouchera sur de grandes mutineries. On retrouve ces mutineries tant du côté français que du côté allemand.

2. MAIS respect des commandements et courage au combat (quand le capitaine se fait tuer, un vieux soldat s’improvise chef). Patriotisme de « l’habitude ». « On tient bon » malgré toutes les souffrances.

 

11) Attitude envers les Allemands ?

1. Elle n’est pas totalement hostile. Un des soldats français serait prêt à se rendre aux Allemands (on appelle cela une désertion) si les prisonniers étaient bien traités. Les soldats se rendent compte que les soldats allemands vivent les mêmes horreurs qu’eux. Ils sont exténués et désabusés.

2. MAIS là aussi, le réflexe patriotique reste. On appelle les Allemands « les Boches » (surnom raciste), on les insulte, on veut détruire leurs lignes.

 

 

 

b) Un livre: Á l'Ouest, rien de nouveau par Erich-Maria Remarque (1929)


  1. L’histoire

 

              Par patriotisme, un lycéen allemand s’engage dans la guerre avec ses camarades de classe. Il raconte l’horreur des tranchées, les combats, la peur et la mort de ses compagnons. La guerre lui a volé sa jeunesse. Il est tué un jour où le communiqué du front annonce « A l’Ouest, rien de nouveau ».

 

  1. Extraits

 

Texte 1 : Feu roulant, tir de barrage, rideau de fer, mines, gaz, tanks, mitrailleuses, grenades, ce sont là des mots, des mots, mais ils renferment toute l’horreur du monde. Nos visages sont plein de croûtes : notre pensée est anéantie ; nous sommes mortellement las. Lorsque l’attaque arrive, il faut en frapper plus d’un à coups de poing pour qu’il se réveille et suive.

Sont-ce des semaines, des mois ou des années qui passent ici ? De simples journées. Nous voyons le temps disparaître à côté de nous sur le visage des mourants.

Nous voyons des gens, à qui le crâne a été enlevé, continuer de vivre ; nous voyons courir des soldats dont les deux pieds ont été fauchés ; sur leurs moignons éclatés, ils se traînent en trébuchant jusqu’au prochain trou d’obus ; un soldat de première classe rampe sur ses mains pendant deux kilomètres, en traînant derrière lui ses genoux blessés ; le soleil se lève, la nuit arrive, les obus sifflent ; la vie s’arrête.

Cependant, le petit morceau de terre déchirée où nous sommes a été conservé, malgré des forces supérieures et seules quelques centaines de mètres ont été sacrifiés. Mais pour chaque mètre, il y a un mort.

 

Texte 2 : Ce n’est pas commode de tuer les poux un à un, lorsqu’on en a des centaines. Ces bêtes – là sont assez dures, et les écraser éternellement avec les ongles devient ennuyeux. C’est pourquoi Tjaden a fixé le couvercle d’une boîte à cirage au – dessus d’un bout de bougie allumée. Il suffit alors de jeter les poux dans cette petite poêle ; on entend un grésillement et ils sont liquidés.

 

Texte 3 : Dans notre secteur, les vides sont de nouveau comblés par des renforts. Il nous est ainsi venu un des régiments récemment créés, presque rien que des jeunes gens des derniers contingents. Pour un ancien, il tombe de cinq à dix recrues. Une attaque au gaz, qui vient par surprise, en apporte une multitude. Ils ne se sont même pas rendu compte de ce qui les attendait. Nous trouvons un abri rempli de têtes bleuies et de lèvres noires. Dans un entonnoir, ils ont enlevé trop tôt leurs masques. Ils ne savaient que dans les fonds, le gaz reste plus longtemps ; lorsqu’ils ont vu que d’autres soldats au – dessus d’eux étaient sans masque, ils ont enlevé les leurs et avalé encore assez de gaz pour se brûler les poumons. Leur état est désespéré ; des crachements de sang qui les étranglent et des crises d’étouffement les vouent irrémédiablement à la mort.

 


Publié dans histoire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article